Egon Schiele, disparu tragiquement en 1918 à l'âge de vingt-huit ans, apparaît comme une figure d'exception parmi les artistes du xxe siècle. Considéré comme l'un des artistes majeurs du mouvement expressionniste, il est aujourd'hui, avec Gustav Klimt, le peintre autrichien le plus célèbre. Après une éclipse de près d'un demi-siècle, son œuvre a été redécouverte à la fin des années 1960, puis a été pleinement reconnue à partir des années 1980.
De par sa vie très courte, la fulgurance de son génie, sa liberté d'inspiration où, pour la première fois, s'expriment aussi crûment la sexualité et les tourments de l'âme, Schiele est devenu le symbole de l'artiste maudit, marginal et révolté. Pourtant, cette image trop univoque mérite d'être nuancée. Personnalité complexe, doué d'un immense talent, Schiele était aussi un être naïf, soucieux de reconnaissance, vaniteux même, plus habile qu'on ne le soupçonne d'ordinaire. Si, comme beaucoup de jeunes artistes, il a vécu dans le besoin, il n'a jamais connu la misère et a su s'attirer la protection de Klimt, susciter l'intérêt de collectionneurs et de quelques marchands, et gagner les faveurs d'un critique célèbre.